Camion de pompier

Les feux de forêt prendront une place de plus en plus importante d’ici la fin du siècle. Devant cette évolution du paysage du risque, le forestier doit se préparer et intégrer ces nouvelles notions dans la gestion des espaces boisés.

  • Jusqu’à encore récemment, les feux de forêt ne faisaient pas partie du paysage de l’Ouest et du Nord de la France. Il est plutôt commun que les services de secours soient sollicités sur des feux de culture déclenchés accidentellement par des machines agricoles. Ces feux de culture peuvent représenter moins de 5 % des interventions réalisées par les pompiers des Hauts-de-France et de Normandie. Le risque feu de forêt occupe une place bien moindre dans le nombre de sorties effectuées annuellement par les services de secours. Toute intervention sur feux de forêt requiert néanmoins de grands effectifs pour en venir à bout, bien plus que tout type d’interventions hors catastrophe naturelle.

    Tandis que le risque est connu concernant les feux de culture, le changement climatique va accroître le risque d’incendie de végétation dans tous les territoires. Il est attendu que les sécheresses estivales soient plus fréquentes, plus intenses, mais surtout que les conditions météorologiques soient propices au déclenchement et à la propagation du feu sur de plus longues périodes. Ainsi, pour la plupart des territoires couverts par le CRPF Hauts-de-France / Normandie, la durée de la saison de feux sera au moins doublée d’ici à la fin du siècle.

    Selon les départements du Nord / Nord-Ouest, elle pourra durer environ 5 jours par an (Oise) jusqu’à 30 jours par an (Eure) à l’horizon 2050.

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    Bien que le chiffre en lui-même reste modeste quand on le rapporte à la durée de la saison des feux méditerranéenne (200 jours), il faut bien considérer son augmentation malgré tout. Cela signifie que le climat va exacerber les probabilités de départ de feux dans les zones ayant des prédispositions pour ce dernier, mais aussi que les pompiers vont passer de plus en plus de temps en forêt, mettant en tension leurs effectifs. Il est donc important de comprendre les déterminants du « risque feu de forêt » afin de s’en prémunir efficacement.

  • Les statistiques appliquées aux feux de forêt montrent qu’ils sont essentiellement d’origine humaine. Pour les feux dont on a réussi à identifier la cause, 96% sont provoqués par l’Homme, que ce soit accidentellement ou volontairement. Une forêt est donc à risque à partir du moment où l’Homme exerce des activités en son sein ou à son voisinage. Ces activités provoqueront notamment l’apport de brandons ou d’étincelles.

    Les éléments notables contribuant aux départs de feu à l’échelle d’une propriété sont les suivants :

    • Voisinage direct avec des habitations ou locaux industriels
    • Voisinage direct avec des axes de circulation automobile ou pédestre
    • Voisinage direct de parcelles agricoles, surtout en grandes cultures
    • Voisinage direct de lignes basses tension

     

    L’apport des premières flammes ne provoquera un feu de forêt que si elles rencontrent des conditions propices à son développement. Une forêt est propice à la propagation du feu et à l’aggravement de l’incendie si :

    • On y trouve des végétations de type landes, fougère, bruyère, ou encore genêt et ajonc, entre autres.
    • Il y a beaucoup de peuplements denses, dont les branches sont en contact direct avec la végétation arbustive. Cela vaut surtout pour les régénérations résineuses, particulièrement celles de pin.
    • Les sols ont une faible réserve en eau disponible. On le voit en été si la végétation herbacée jaunis fréquemment. Les sols sableux sont spécifiquement concernés, ainsi que tout sol en pente.
    • Les litières épaisses occupent une place prépondérante, notamment sous les résineux ou sous les châtaigniers.

     

    Ainsi, lorsque les activités humaines rencontrent des facteurs prédisposant à la propagation du feu, le risque est bel et bien présent. Les facteurs météorologiques viendront rajouter une part de variabilité d’une année à l’autre en fonction des volumes de précipitations consécutifs, de la vitesse du vent, et de la température.

     

    En Normandie : Cartographie du risque feu de forêt (DREAL Normandie)

    https://carto2.geo-ide.din.developpement-durable.gouv.fr/frontoffice/?map=5c669208-dbf2-4259-b679-6e8d4b88a735#

  • Le forestier peut agir principalement de deux façons afin de réduire le risque dans sa forêt.

    Il peut réduire la facilité avec laquelle tout feu se propagerait dans sa forêt. Pour ce faire, on peut :

    • Réduire le volume de combustible, c’est-à-dire la quantité de végétaux. Il peut s’agir d’éliminer partiellement ou totalement la végétation des strates herbacées et arbustives ou bien de mettre en place des coupures de combustibles (pare-feu).
    • Introduire du mélange d’essences lors des reboisements. Certaines essences brûlent moins fort que d’autres. Cela peut être fait en mélange pied à pied, par parquet, ou encore par bandes de 20 à 30m de large le long de peuplements particulièrement incandescents.

    Le forestier peut aussi augmenter la vitesse et l’efficacité d’intervention des services de secours dans sa forêt en cas d’incendie. Il peut :

    • Améliorer la qualité de son réseau de désserte en augmentant la densité de places de retournement, en réduisant la quantité d’impasses, en y assurant la portance et le gabarit nécessaire à la circulation de camions.
    • Installer des cadenas adaptés aux standards des pompiers (Triangle 11mm).
    • Installer des réserves d’eau ou améliorer l’accessibilité des mares forestières et étang dont il pourrait disposer. A proximité immédiate, il faut installer une aire de positionnement (8m x 4m) pouvant recevoir des engins de 19 tonnes. Cette aire doit être débroussaillée sur son pourtour sur une profondeur de 25 m. La distance maximum entre le camion de pompier et le point d’aspiration est de 8m. La hauteur d’aspiration est de 5,5m maximum. La contenance utile à l’étiage doit être de 120 mètres cubes minimum.

  • Afin d’avoir les moyens financier de reboiser après un sinistre (L124-6 du code forestier), il est préférable d’avoir assuré sa parcelle surtout lorsque celle-ci est sensible. La cotisation d’assurance est éli gible au DEFI assurance afin de réduire l’impôt sur le revenu (crédit d’impôt de 76%) pour un montant maxi mum de 15 €/ha avec un plafond maximum de 6 250 € (personne seule) ou 12 500 € (couple), quel que soit la surface de la forêt.

    L’ensemble des travaux de débroussaillage et de dé fense contre les incendies de forêts sont éligible au crédit d’impôt « DEFI travaux » pour un taux maximum de 25%, avec les mêmes plafonds. La forêt doit avoir un document de gestion durable (PSG, RTG ou CBPS+).

     

    Trois acteurs principaux proposent actuellement une assurance contre les incendies de forêts en France : Sylvassur (réservée aux adhérents Fransylva), Groupa ma Forêts Assurances, XLB Assurances (via Pacifica, filiale du Crédit agricole).

     

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Les particularités régionales

  • L’année 2022 a déclenché une série d’actions, achevée ou en cours en Normandie, par l’ensemble des partenaires actifs sur la question.

    • Arrêté préfectoral de classement à risque des forêts de 29 communes du département de l’Eure et mise en place des Obligations Légale de Débroussaillement :
      • Lien vers la page de la préfecture dédiée à ce sujet :

    https://www.eure.gouv.fr/Actions-de-l-Etat/Environnement/eau-et-nature/Foret/Obligations-Legales-de-Debroussaillement-OLD-dans-l-Eure

     

    • Production d’un atlas du risque feu de forêt par la DREAL.
      • Lien vers le portail cartographique :

    https://carto2.geo-ide.din.developpement-durable.gouv.fr/frontoffice/?map=5c669208-dbf2-4259-b679-6e8d4b88a735#

     

    • Production d’une cartographie des accès en forêt à destination des pompiers.
      • Livraison effectuée par l’ONF et travail en cours d’enrichissement.
      • Livraison en cours pour le CRPF.

     

    • Mise en place de la mission d’intérêt général DFCI de l’ONF en Normandie.
      • Patrouilles de surveillance et de contrôle chaque saison estivale en cas de conditions météorologiques aggravantes.

     

    • Vulgarisation auprès de l’ensemble des forestiers au sujet de la DFCI.
      • Vulgarisation par l’URCOFOR auprès des élus communaux.
      • Vulgarisation par le CRPF auprès des gestionnaires et propriétaires forestiers.

     

    • Dotation des pompiers en matériel adapté à la DFCI. Formation de leur personnel à l’intervention sur feu de forêt.

     

    • Production d’un Plan Départemental de Protection des Forêts Contre les Incendies par le département de l’Eure (en cours).

     

     

    • Prise en compte du risque feu de forêt dans les Plan Simple de Gestion par le CRPF.

  • A compléter

Pour en savoir plus

Mettre un bloc de liens vers les productions du CRPF

Vos contacts sur la thématique feu de forêt

Hauts-de-France : Juliette Sanquer - juliette.sanquer@cnpf.fr - 06 12 32 24 84

Normandie : Renaud Bied-Charreton - renaud.bied-charreton@cnpf.fr - 06 89 59 35 70